Mon psy me dit "quand ça se bouscule, écrivez..." Alors j’écris. Parce que je suis bousculée. Perdue. Triste. Colère.
Le père de ma soeur, l'ex-mari de ma mère, mon beau-père-presque-père-mais-tout-à-fait est mort cette nuit. J'avais 9 ans quand j'ai fait sa connaissance, en même temps que celle de ma mère pour ainsi dire. Il a toujours été disponible, bienveillant, drôle, généreux, attentionné. On s'est tous raconté que c’était comme mon père, qu'il avait 2 filles tout pareil, ma soeur et moi. Alors non en fait. Pas tout à fait. Ce n'est pas de sa faute ni de la mienne. Mais ça n'a jamais été la meme chose. Ca a été bien, plus que bien, salvateur, vital même par moment, mais pas pareil. Pour moi, elle c'est ma sœur et lui ce qui ressemble le plus à un père. Pour eux deux c'est différent. Plus simple. Une filiation réglementaire, propre, sans histoire, acceptée par tous : par toute la famille, la société. Elle normale, moi pièce rapportée. Pas pour tout le monde non plus, certains volent plus haut que ça, mais sentiment bien présent tout de même.
Positionnement altéré au moment du divorce. J'avais 15 ans, ma sœur 5. Très tôt j'ai du la protéger et j'ai fait de mon mieux dans cette mission qui m'etait confiée sans que ce soit vraiment dit ni que je ne demande rien. Une mère malveillante, une vie compliquée. Il me faisait confiance pour ça. Alors j'ai été un bon petit soldat. Il m'en a été reconnaissant. Il m'a accueillie un weed-end sur deux au même rythme que ma sœur. J'ai eu cadeaux et attentions tout comme si. On vivait l'enfer la semaine et on allait se reposer auprès de lui. J’étais celle qui savait ce qui se passait, qui prenait les coups, qui atténuait ce qu'elle pouvait, qui levait, couchait, lavait, nourrissait cette fillette innocente et aimée du mieux qu'on pouvait quand notre reine mère était défaillante - souvent. J'ai pris mon rôle de paravent très à cœur car c'etait essentiel pour elle et que ce job me donnait légitimité auprès de lui je crois. Virginie était forte pour deux, dégourdie pour deux, endurante pour deux. Et c’était vrai. Mais quand la vie a fait sa salope et que tout est devenu difficile pour moi, presque insurmontable, il a continué à me dire que ça allait aller, que j'allais bien me débrouiller. A la fois une marque de confiance, un defi à relever, et le constat que je n'aurais pas plus. J'ai trouvé ça dur et injuste. J'ai essayé de lui dire mais il n'a pas entendu. Jusqu'à ce que je ne dise plus rien et lui non plus. Jusqu'au point de rupture. On n'aura jamais pu en parler vraiment. Est-ce moi qui avait mis la barre trop haut? Peut être. Est ce lui qui s'est servi de moi comme un père qui voulait a tout prix protéger sa fille? Probablement. Est ce que quand on n'a pas de parents, on n'a pas de parents, jamais? C'est une évidence.
je le remercie pour tout ce qu'il a fait pour moi
je lui reproche de ne pas avoir voulu me parler
je nous en veux de ne pas m'avoir protégée, nous parce que je dois bien avoir une part de responsabilité

Et sinon, fuck le crabe
